Composition surréaliste écrite, ou premier et dernier
jet.
« Faites-vous apporter de quoi écrire, après vous être établi en un lieu aussi favorable que possible à la concentration de
votre esprit sur lui-même. Placez-vous dans l’état le plus passif, ou réceptif, que vous pourrez. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux de tous les autres. Dites-vous bien
que la littérature est un des plus tristes chemins qui mènent à tout. Ecrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première phrase
viendra toute seule, tant il est vrai qu’à chaque seconde il est une phrase étrangère à notre pensée consciente qui ne demande qu’à s’extérioriser. Il est assez difficile de se prononcer sur le
cas de la phrase suivante ; elle participe sans doute à la fois de notre activité consciente et de l’autre, si l’on admet que le fait d’avoir écrit la première entraîne un minimum de
perception. Peu doit vous importer, d’ailleurs ; c’est en cela que réside, pour la plus grande part, l’intérêt du jeu surréaliste. Toujours est-il que la ponctuation s’oppose sans doute à la
continuité absolue de la coulée qui nous occupe, bien qu’elle paraisse aussi nécessaire que la distribution des nœuds sur une corde vibrante. Continuez autant qu’il vous plaira. Fiez-vous au
caractère inépuisable du murmure. Si le silence menace de s’établir pour peu que vous ayez commis une faute : une faute, peut-on dire, d’inattention, rompez sans hésiter avec une ligne trop
claire. A la suite du mot dont l’origine vous semble suspecte, posez une lettre quelconque, la lettre l par exemple, toujours la lettre l, et ramenez l’arbitraire en imposant
cette lettre pour initiale au mot qui suivra. »
André Breton, Premier manifeste du surréalisme.
« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la
mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement. Or, c’est en vain qu’on chercherait à
l’activité surréaliste un autre mobile que l’espoir de détermination de ce point. On voit assez par là combien il serait absurde de lui prêter un sens uniquement destructeur, ou
constructeur : le point dont il est question est a fortiori celui où la construction et la destruction cessent de pouvoir être brandies l’une contre
l’autre. »
Second manifeste.
Par Mr. Oyster
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« Pour trouver que quelque chose est bon, il me faut toujours savoir quelle espèce de chose doit être l’objet, c’est-à-dire en avoir un concept. Pour découvrir de la beauté en une chose,
cela ne m’est pas nécessaire. Des fleurs, des dessins libres, des traits entrelacés sans intention les uns dans les autres, ce qu’on appelle des rinceaux, ne signifient rien, ne
dépendent d’aucun concept déterminé et plaisent pourtant. La satisfaction prise au beau doit nécessairement dépendre de la réflexion sur un objet, laquelle conduit à quelque concept (qui reste
indéterminé), et par là elle se distingue aussi de l’agréable, qui repose entièrement sur la sensation. »
Kant, Critique de la faculté de juger (trad. A. Renaut), Analytique du Beau § 4
« Ainsi les dessins à la grecque, les rinceaux pour
des encadrements ou sur des papiers peints, etc., ne signifient-ils rien en eux-mêmes : ils ne représentent rien, aucun objet sous un concept déterminé, et ce sont des beautés
libres. On peut aussi mettre au nombre du même genre de beautés ce qu’en musique on nomme des fantaisies (sans thème), et même toute la musique sans
texte.
Dans l’appréciation qu’il
porte sur une beauté libre (sur sa simple forme), le jugement de goût est pur. Ne s’y trouve présupposé nul concept de quelque fin pour laquelle servirait le divers présent dans l’objet et que
celui-ci devrait représenter, en sorte que la liberté de l’imagination, qui joue en quelque sorte dans la contemplation de la figure, ne ferait que s’en trouver limitée. »
Idem, § 16.
Rappelons que Kant, qui n’aimait rien tant que les jardins coquets et les vers d’un obscur
professeur d’éloquence, publia sa CFJ en 1790.
Par Mr. Oyster
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Tour à tour partielle, partiale, participe passé, la critique d’art telle que pratiquée dans le journalisme spécialisé ne compte plus que pour des prunes. Il suffit de jeter un œil aux catalogues
publicitaires de Rock & Folk ou de Rolling Stone pour prendre conscience du gouffre qui sépare la critique professionnelle de la critique de l’amateur. Celle-ci se pratique
aujourd’hui essentiellement dans cet autre espace public que constitue le web.
Évidemment, le web est sauvage. On nous dit tout et son contraire à propos des disques
qui nous touchent et de ceux qui ne nous touchent pas. Mais ce vaste tout et n’importe-quoi relève de la critique d’art telle que l’art même, dans sa charge émotionnelle, la porte en lui :
une gerbe de sentiments, de visions qui touchent à l’éminente intimité de l’amateur. Ce qui est très différent des chroniques journalistiques qui jugent essentiellement par intérêt, comparaison
et ligne éditoriale. L’amateur juge par lui-même et c’est ce qui fait la force plus que la faiblesse de son jugement.
Cette critique que nous pourrions considérer comme relevant de
l’intime, de l’être en prise directe avec l’objet esthétique donné à ses sens, prend forme dans les forums et sur les blogs où elle se construit par le biais d’une écriture riche d’images
n’impliquant guère que le jugement de goût de l’amateur. Naturellement, un tel jugement s’affine, s’aiguise en se construisant au fur et à mesure qu’il creuse dans la direction qui lui plaît.
C’est ce moment d’expression et de progression du jugement de goût amateur que je souhaite montrer ici, comme tout un chacun disposant d’un blog de chroniques musicales. Et je voudrais
réfléchir sur cet impact esthétique intime (celui que Kant, ne partez pas ! explore dans sa Critique de la Faculté de Juger, par exemple), réfléchir également sur des notions telles
que la modernité dans l’art – ceci sera donc en même temps mon humble carnet de notes, en marge duquel toute réflexion désobligeante est
la bienvenue.
Par Mr. Oyster
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